Les agriculteurs

L'agriculture et l'élevage à l'époque romaine

Sur le territoire des agglomérations de Cemelenum, Cimiez, Vintium, Vence, Antipolis, Antibes, existent de petites fermes dispersées sur les collines et quelques exploitations agricoles plus importantes dans les plaines du littoral.

Les bâtiments des petites fermes sont construits en bois, sur une assise parfois maçonnée et comportent deux parties, l'une pour le logement des hommes, l'autre pour celui des animaux. Cette association d'hommes et d'animaux vivant sous le même toit remonte au Néolithique. Elle perdurera bien aprés la période antique. Il existe bien quelques beaux domaines -les villae-, qui comportent plusieurs bâtiments bâtis en "dur", une demeure d'habitation à étages décorée de fresques, des dépendances, des silos.

Mais même dans les civitates les plus « romanisées », les villae sont loin de constituer la majorité des exploitations agricoles du territoire. Ces grands domaines sont en nombre restreint dans les Alpes Maritimes, du fait de la configuration montagneuse de la région et de l'absence de grandes plaines.

Les habitants sont pour la grande majorité de simples paysans pratiquant une économie agraire mixte, basée sur l'élevage, les cultures vivrières, l'exploitation des oliviers et des vignes.

Les agriculteursLes collines ont été aménagées en terrasse, soutenues par des murets de pierre sèche, partout où cela a été possible. La plupart de ces terrasses sont principalement plantées d'oliviers, mais quelques unes sont consacrées à la culture des céréales. Les premiers labours ont lieu en février ou mars. Les fermiers utilisent un araire, tiré par un âne ou un mulet. Dans les plaines, des boeufs peuvent être utilisés. L'araire est une charrue primitive, équipée d'un manche en bois qui permet de la diriger, et d'un soc en fer qui s'enfonce dans la terre, et qui retourne les mottes. Le travail est long et difficile. On pratique le "labour croisé" : l'araire est passé une fois dans un sens, une fois dans l'autre, perpendiculairement.

Il faut ensuite briser les mottes. Vient ensuite le temps des semailles. Les céréales sont généralement semées en paquets, car ainsi, elles poussent en touffes et sont plus faciles à récolter.

La moisson a lieu en été. Les tiges portant les épis sont coupées à la faucille, puis serrées en gerbes, pour faciliter leur transport vers la ferme.

Les céréales sont ensuite battues au fléau, afin de recueillir le grain. Cette opération s'effectue sur une surface plate, parfois ceinturée de pierres. Des chevaux, des ânes ou des boeufs, attachés à un pieu central, peuvent être utilisés pour tirer une planche garnie de clous ou de pierres pointues. Dans la région, on peut repérer ces antiques aires de battage aux "crop circle" d'herbe rase qui apparaissent au milieu des herbes hautes. La terre a été tellement tassée par les animaux domestiques tournant en rond que l'herbe y pousse difficilement.

A la fin de ces opérations, le grain est engrangé dans de grandes jarres de terre cuite : les dolia. Il est indispensable de conserver le grain dans de bonnes conditions, car il doit durer jusqu'à l'été suivant, sous peine de famine. Les granges et les greniers abritant les dolia doivent donc être frais et secs pour éviter la germination et les moisissures, et les jarres bien fermées pour éviter que les insectes et les rongeurs viennent profiter de la récolte...

Le blé est la céréale la plus importante dans l'alimentation. Pline souligne l'importance du blé amidonnier triticum diccocum dont il mentionne deux variétés locales, bracis et scandala, mais on cultive aussi l'orge, l'avoine, le millet ainsi que le sésame. Aprés avoir écrasé les grains avec des meules de pierres rotatives pour obtenir de la farine, on en fait des galettes, des crêpes, des pains. On consomme aussi les céréales sous forme de bouillies

Dans les potagers, on trouve quantité de légumes, mais plus particulièrement des navets et des raves. Ces racines sont, selon Pline, la troisième production agricole du pays ligure après le blé et la vigne. Mais on cultive aussi des fèves, des pois, des pois chiches, des lentilles, des radis, des poireaux, des carottes, des melons, des concombres ainsi que diverses courges, des choux, des salades, des cardes, des blettes et des herbes aromatiques qui servent dans la cuisine : aneth, céleri, moutarde noire, coriandre, fenouil, sarriette.

Il existe aussi des plantations d'arbres fruitiers régionaux : poiriers, pruniers, prunelliers, figuiers, grenadiers. La greffe des arbres fruitiers est connue et pratiquée.

L'élevage

Connus grâce à l'archéozoologie, les animaux de la ferme sont à peu de choses près ceux que l'on rencontre actuellement : des chèvres et des moutons en grand nombre (les brebis, comme les béliers, portaient encore des cornes torsadées à cette époque), quelques boeufs, ânes, chevaux, pour les travaux des champs, des porcs et des volailles : oies, coqs, poules, canards. Les fermiers possèdent également des animaux domestiques, des chiens, des chats...

La chasse, la pêche, la cueillette

Peinture murale : Champignons lactaires et grives sur une table de Pompéi

Les habitants de l'époque pratiquent la chasse à l'arc ou à l'épieu. La viande de sanglier est appréciée, plus que celle du cerf. De nombreux oiseaux sauvages sont attrapés au piège. On collecte les baies et racines sauvages comestibles ainsi que les champignons et les escargots, qui sont des mets très prisés sur les tables. On pêche le poisson au filet, avec des nasses ou encore au moyen d'hameçons. Les anguilles sont particulièrement appréciées. Des viviers sont construits pour conserver vivants les poissons de mer comme de rivière. Une spécialité d'Antibes est le garum, une sorte de nuoc-mâm, une sauce de poissons connue et vendue dans tout le bassin méditerranéen dans des amphores spéciales. Pour l'élaborer, les habitants du littoral ont construit au bord du rivage de véritables fermes marines, avec des bassins à saumure dans lesquels ils entassent le poisson pour le faire décomposer, dés que celui-ci a atteint la taille requise.