Les artisans

La production du fer et des autres métaux

Le fer

Sur de nombreux sites d'habitations groupées des Alpes Maritimes datant de l'époque romaine, on retrouve des scories ferreuses qui témoignent de la production sur place de fer brut en quantité modeste, suffisante toutefois pour satisfaire les besoins locaux. Ces scories sont des résidus de cuisson de minerais dans des fours - dits bas fourneaux - non pas parce qu'ils n'avaient pas une grande hauteur, mais parce que la température n'y dépassait pas 1500°.

Le minerai de fer pouvait être recueilli dans les collines du Moyen-Pays, dans les "terra-rossa" ou sous forme de nodules ferreux incrustés dans le calcaire. Mais la plus grande partie provenait des mines du Mercantour, que les colons romains exploitaient en y creusant d'étroits boyaux au moyen de burins, de pointerolles et de coins en fer sur lesquels ils tapaient avec des marteaux. Ces mines d'hématite et de limonite étaient situées prés de Valdeblore, de Saint Martin Vésubie, des lac de Vens et du col du Fer, le bien-nommé.

limonite scorie

Dans ces minerais, le produit ferreux est combiné avec de l'oxygène, ce qui lui donne l'aspect d'une roche de couleur rouille, parfois claire, parfois plus foncée ou presque noire.

Pour obtenir du fer pur, il faut éliminer les atomes d'oxygène du minerai. L'opération, appelée "réduction", consiste à mettre les roches chargées en oxyde de fer en contact avec un produit naturel qui s'oxyde encore plus facilement : les atomes d'oxygène vont alors migrer et s'agglomérer au nouvel élément, laissant le fer à l'état de métal.

Ce produit qui va assurer la migration des atomes d'oxygène est du monoxyde de carbone, dégagé par la combustion du charbon de bois « à l'étouffée », dans un espace fermé.

La réduction ne se produit toutefois qu'à une température dépassant 1000°. Pour obtenir cette température, il faut activer le feu avec un fort courant d'air. Environ 1000 ans avant J.-C., - c'est le début du l'âge du Fer - les hommes ont su obtenir cette température en utilisant des soufflets construits en bois et en peau d'animal. Ils ont bâti des fours en forme de tour comportant des couches alternées de charbon de bois et de minerai, qu'ils ventilaient avec les soufflets sans interruption pendant toute l'opération pour avoir un bon tirage. La cuisson en continu va produire des résidus, appelés « laitier » ou « scories », qui vont se former au bas du fourneau. Plus haut va s'agglomérer le fer - qui n'est pas liquide comme dans les haut-fourneaux fonctionnant à plus de 1500° - dans un bloc solide incandescent, nommé « loupe », comportant du fer brut, mais aussi de nombreuses impuretés.

loupe incandescente

Il faut ensuite longuement battre à chaud cette « loupe » composée d'acier et de fer doux, métal à faible teneur en carbone, pour en extraire les impuretés. Le métal était ensuite compacté sous forme de barres ou de lingots, et était ensuite travaillé par d'autres artisans que les fondeurs : les forgerons.

Le plomb, le cuivre, le bronze

La galène, minerai de plomb, était exploitée dans le Mercantour pour en faire des conduits et des tuyauteries, en particulier d'eau potable

Les mines de Daluis, de Guillaume, de la Croix sur Roudoule fournissaient le minerai de cuivre. Trop mou pur, ce cuivre était mélangé à de l'étain importé de Bretagne et de Grande Bretagne pour obtenir du bronze. Cet alliage servait à fabriquer quantité d'ustensiles, des monnaies et des objets moulés, tels que des statues.

L'argent, l'or

Dans la mine de Vallauria, prés de Tende, était exploitée la galène argentifère. On dégageait le minerai d'argent par la technique du creusement par le feu. Cette technique consistait à chauffer la roche sous un feu d'enfer, puis à l'arroser d'eau. Le choc thermique la faisait alors éclater en morceaux. Les métaux précieux, extraits localement comme l'argent, ou venant d'autres régions comme l'or, étaient diffusés dans toutes les Alpes Maritimes sous forme de plaques ou de petites barres, et étaient ensuite travaillés par les bijoutiers.