La vie en collectivité

L'armée, les soldats

L'armée de la conquête

Alors que l'armée romaine avait déjà conquis et colonisé, dés le deuxième siècle avant J.-C., la Narbonnaise et une partie de l'Hispanie, et que César et ses légions, au milieu du Ier siècle, avaient mis à genoux la Gaule "chevelue", la région des Alpes Maritimes était restée ligure, protégée par ses montagnes infranchissables tombant dans la mer, ses marécages littoraux et ses tribus belliqueuses. Cette région pauvre n'offrait par ailleurs aucun intérêt économique pour les Romains, à part l'abri de ses rares ports. C'est probablement le gain de temps pour se rendre en Narbonnaise et en Hispanie en passant par la côte -en évitant la longue route du Mont Genèvre-, qui justifia la conquête du pays, en 14 avant J.-C.. L'imposant trophée de la Turbie fut élevé dans la foulée pour bien montrer qui étaient désormais les maîtres du pays.

Les travaux de prolongation de la voie Julia Augusta commencèrent immédiatement et la voie nouvelle, baptisée Aurélia, reçut ses bornes milliaires dés l'année suivante. Aprés le bornage, les passages de troupes ne cessèrent plus le long de la côte, dans un sens comme dans l'autre.

Les armées de conquête étaient composées de légionnaires citoyens romains, recrutés par tirage au sort parmi les mobilisables. L'impôt dit « du sang » était exigible, en principe, de tous les habitants de l'Italie Romaine, puis bientôt de tous les citoyens de l'Empire. Les jeunes hommes devaient donner plusieurs années de leur vie à l'armée.

Les levées de troupes étaient ordonnées région par région, jamais pour tout l'Empire à la fois. On tenait compte des ressources du pays, de la proximité ou de l'éloignement du théâtre des hostilités, des moeurs des populations, de leurs aptitudes ou de leur degré de "romanisation". A ces mobilisés venaient s'ajouter spontanément un certain nombre de volontaires.

L'armée de métier

Le régime de l'armée de métier, introduit par Auguste, eut pour conséquence la suppression du service obligatoire et des levées, sauf en cas de tumultus, lorsque l'Italie Romaine était menacée d'envahissement par les Barbares. La qualité de l'armement et la remarquable organisation des troupes avaient permis de réduire le nombre de citoyens sous les armes. Trois à quatre cent mille hommes étaient en mesure de contrôler un empire territorial dix fois plus étendu que la France actuelle.

Ces soldats de métier s'engageaient pour seize ans mais beaucoup dépassaient le terme légal. L'armée se renouvelait donc très lentement. Les effectifs étaient maintenus au même niveau avec seulement vingt ou trente mille nouvelles recrues par an.

légionnaire romain

Légionnaire romain, portant un casque et une protection thoracique en fer, un grand bouclier, le scutum, le glaive à double tranchant, le gladius, et le javelot à pointe de plomb non récupérable, le pilum.

Sous l'Empire, l'unique garnison des Alpes Maritimes, basée à Cemelenum, Cimiez, ne comptait que 1.000 à 1.500 hommes, soit deux à trois cohortes, ce qui était peu compte tenu de l'étendue du territoire. L'une de ces cohortes était peut être la cohors ligurum dont parle Tacite, une cohorte auxiliaire, composée d'indigènes ligures. Les soldats qui la composaient semblent avoir été recrutés, pour la plupart, au sein même de la province des Alpi Maritimae. Cette hypothèse a été avancée à partir d'une étude effectuée sur les stèles funéraires «à croissant». La répartition de ces stèles est rurale, dans toutes les Alpes Maritimes. Ces pierres ont été élevées en l'honneur de pérégrins appartenant à des familles indigènes en voie de romanisation ou récemment romanisés. Les croissants gravés sur les frontons de ces stèles identifient des soldats de retour au village, après la fin de leur service.

stèle funéraire

Les soldats auxiliaires de l'Armée Romaine

Les corps d'infanterie auxiliaire composés d'indigènes étaient organisés, comme les légionnaires romains, en cohortes d'environ 600 hommes, divisées en centuries d'une centaine d'hommes chacune, commandée par un centurion. Leur rôle consistait à servir d'éclaireurs, puis à harceler l'ennemi avant l'intervention des légionnaires.

Parmi eux, des lanceurs de balles de fronde, d'une adresse remarquable, qui pouvaient toucher leur cible à 180 m de distance, mais aussi des archers. Ces auxiliaires portaient un équipement léger, composé d'un casque en cuir et d'un bouclier rond. Leur durée de service était plus longue que celle des légionnaires, jusqu'à 25 ans. Aprés cette durée, certains soldats auxiliaires, nés dans les Alpes Maritimes, pouvaient obtenir la citoyenneté romaine, ainsi que leur famille.

Le nombre d'auxiliaires dans l'armée ne cessa de croître au Haut Empire. Au IIème siècle aprés J-C, les troupes auxiliaires représentaient pratiquement les deux tiers de l'armée romaine.

auxiliaire utilisant une fronde balles de fronde tenues militaires