La vie en collectivité

La religion

Le culte officiel, à Rome comme dans toutes les Provinces romanisées, était le culte civique impérial, le culte de l'empereur. Il était pratiqué dans les villes par des notables municipaux, qui cooptaient pour le célébrer des membres du peuple dans des sortes de confréries. Après l'empereur étaient honorés de très nombreux dieux issus du panthéon gréco-romain ou de provenance orientale. La religion romaine était caractérisée par sa tolérance à l'égard des autres cultes, dans la mesure où ceux-ci ne menaçaient pas l'unité de l'Empire. Les Chrétiens ont été persécutés car, en ne voulant honorer qu'un seul dieu, ils rejetaient ouvertement l'empereur.

Les Romains tenaient pour sacré tout ce qui venait des ancêtres, le mos majorum, les coutumes, les habitudes ou les usages, et respectaient, chez les autochtones, les croyances héritées de leurs ancêtres. De plus, ils trouvaient prudent de ménager les dieux locaux pour ne pas attirer leur colère sur Rome.

Les tribus ligures, libres de continuer à honorer leurs dieux, ont fini par les désigner par le nom de divinités romaines qui leur paraissaient proches des leurs. Ces dieux ligures, des sources, du ciel, des arbres et de la nature en général allaient bientôt se fondre avec ceux du panthéon gréco-romain, selon un processus d'intégration progressive classique dans le monde antique.

Le dieu apparaissant le plus populaire dans la Narbonnaise et les Alpes Maritimes était Mars, substitut d'Esus, dieu forestier et dieu des récoltes, mais aussi dieu de la guerre et de la mort violente, destructeur et coléreux. Les deux colonnes romaines qui se trouvent à Vence ont été offertes « au dieu Mars de Vence », par la République romaine des "Marseillais", sous le règne de Caracalla.

colonne de Vence

Le dieu arrivant en deuxième position dans l'estime des habitants de notre région était semble-t-il Mercure, substitut de Lug, dieu des techniques et des arts, dieu solaire mais aussi dieu du commerce, représenté sous la forme d'un homme jeune, ailerons dans la chevelure et aux chevilles, caducée à la main, accompagné d'un coq ou d'un bouc. C'était aussi le guide des voyageurs. Comme il présidait à la réussite des commerces et aux gains de toutes sortes, il était très populaire dans les catégories sociales les plus humbles.

Puis venait Apollon assimilé à Bélénos, dieu puissant de la lumière, symbole de la force de l'homme jeune, ou substitut de Borvo, dieu des sources bouillonnantes et des eaux chaudes, représenté sous la forme d'un serpent à tête de bélier. Il était le dieu des purifications, le dieu vengeur qui déchaînait les épidémies, mais aussi le dieu de la divination, le dieu protecteur, le dieu guérisseur, comme son fils Asclépios. Il était également le dieu des arts, surtout de la poésie et de la musique.

ex-votos

Il apparaît que les autres dieux majeurs vénérés dans le reste de la Gaule, Jupiter, Vénus, Diane ou Hercule, n'aient eu, dans les Alpes Maritimes, qu'une importance moindre.

Jupiter, substitut de Taranis, était le dieu du ciel, du tonnerre, de la foudre et de la pluie. Il était souvent accompagné d'un cheval à tête humaine.

Le demi-dieu Hercule, porteur d'une massue, semble avoir assimilé un certain nombre de divinités locales qui lui ressemblaient sans doute par leur force physique et leur capacité à vaincre les animaux, comme le dieu Smertios, dieu tueur de serpents. Hercule était le protecteur des sources guérisseuses.

Le culte de Minerve a par endroit recouvert celui des déesses mères, déesses de l'abondance, de la richesse, de la famille, des eaux, et principalement des sources et des fontaines. Déesse guérisseuse, Minerve était avant tout la déesse des arts et de l'artisanat.

Vénus était la déesse de la beauté. Représentée nue à la toilette, elle a été le thème de nombreuses statuettes votives. Elle protégeait les amours, mais aussi les enfants.

Diane, substitut d'Arduina, souvent accompagnée d'un sanglier, était la déesse de la chasse, de la lune, des forêts.

Il est fort possible que Sylvain, Sylvanus, encore appelé Sucellos, ait fait également l'objet d'une certaine vénération dans les Alpes Maritimes antiques. Cette divinité n'est connue qu'en Gaule. C'était le dieu «frappeur», toujours représenté sous l'aspect d'un homme d'âge mûr, barbu, tenant dans une main un maillet qui évoque le monde des morts et de l'autre un vase nommé olla, symbole de fertilité. C'était le défenseur des troupeaux, mais c'est aussi le dieu des Enfers et en même temps celui des fécondité. La mort, pour les Roamins, était nécessaire à toute renaissance.

Sylvain, dieu frappeur

Des cultes de dieux orientaux étaient aussi pratiqués dans les Alpes Maritimes, celui de la déesse Isis, apporté d'Egypte par les légionnaires, celui de Mithra, dieu d'origine iranienne ou celui de Cybèle, la déesse phrygienne de la fertilité.

Les lieux de culte, la pratique du sacrifice

Le culte impérial ou celui de dieux majeurs se déroulait dans des sanctuaires urbains ou ruraux, constitués d'un espace sacré délimité par un mur d'enceinte au milieu duquel se trouvait le temple. A l'intérieur de celui ci la cella, entourée d'une galerie, abritait la statue du dieu.

sacrifice d'unn boeuf

Le célébrant du sacrifice versait sur la tête de l'animal du vin et de la mola salsa, une mixture de blé et de sel, et lui passait un couteau sur l'échine. Le vin représentait le destinataire divin. La mola salsa symbolisait le peuple romain. La caresse du couteau, avant l'immolation, signifiait l'acte d'offrir.

La partie qui revenait à la divinité était composée des abats de l'animal, les exta, considérés comme le siège de la vie (foie, poumons, coeur). Ceux-ci, bouillis dans des marmites, étaient déposés sur l'autel et assaisonnés de mola salsa et de vin. Là, les exta étaient entièrement brûlés, puisqu'ils étaient réservés exclusivement aux divinités, les hommes n'ayant pas le droit de les consommer.

Les cultes familiaux

Ils se pratiquaient à l'intérieur des maisons, sur l'autel domestique ou trônaient des statuettes. Les dieux protecteurs de la maison, les Lares, y étaient honorés, de même que les Pénates, les gardiens des provisions et du mobilier. On y invoquait aussi les esprits des ancêtres, les Mânes, et les Génies protecteurs des vivants.